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La fille aux cendres


Par Jad SEMAAN
2010 - 09



Il y avait ou il n’y avait pas, « kan ya ma kan », une jeune doctorante en littérature française à l’Université Bordeaux 3. Si Charles Péguy a eu la chance d’avoir une mère rempailleuse, Nathalie Zoghaib a eu le privilège d’avoir Em-Farid pour grand-mère, à qui elle dédie son recueil de contes, La Fille aux cendres - Contes du Liban, paru chez L’Harmattan en mai 2010.

Qui connaît Amchit a forcément entendu parler de Em-Farid, de son saj, son dékkén et du plus grand chapeau de paille jamais tressé au Liban. « Aidez-moi à séparer les bonnes des mauvaises lentilles, à mettre le pain au four, disait-elle à sa fille et à ses nièces, et je vous raconterai une histoire ensuite… »

Née d’une mère française, Gisèle, qui lui a transmis le goût de la lecture, Nathalie passe son enfance au Liban. À Beyrouth, elle décroche une licence en lettres françaises. À Bordeaux, elle atterrit au Lapril, un laboratoire de recherches sur l’imaginaire appliqué à la littérature, qui accueille son travail de master puis de doctorat sur les contes du Liban.

De Amchit à Barbara, à Hsarat, à Ehmej, à Hermel, à Kfarhatta, à Kfardenis, Nathalie part accompagnée de son père Farid, professeur de littérature française à l’Université libanaise, faire le tour des villages du Liban, à la recherche des contes populaires perdus. Elle réussit à en recueillir près de quatre-vingt-dix. Les traduire et les mettre en forme a ensuite requis deux années.

Séduit par le résultat, L’Harmattan décide d’en publier vingt contes, mêlant le fantastique à la dure réalité quotidienne, le rêve et la ruse salvatrice, le tout assaisonné d’une sauce piquante de violence. Le recueil est désormais en librairie en France et au Liban (Librairie Antoine). Il est aussi en vente sur de nombreux sites web : chapitres.com, amazon.fr et sur le site de l’Harmattan. De plus, une page facebook a été créée avec quelques extraits et infos.

Comme un bon film de Disney, ces histoires sont à déguster par petits et grands. Nul besoin des frères Grimm ni de Lewis Carroll, la mémoire populaire libanaise est porteuse de contes qui mêlent cette violence héritée des Mille et une nuits à la douceur riante de nos montagnes. Notre Astrid Lindgren locale a eu le mérite de collecter ces délicieux récits, comme un chasseur de papillons.

« Les contes recueillis ne sont qu’un tout petit échantillonnage au regard de l’immense richesse de la littérature orale libanaise. Aujourd’hui, un travail urgent de collecte s’impose au Liban et peut-être même dans les pays voisins, dans l’espoir de retrouver quelques conteurs au répertoire encore inconnu », explique Nathalie Zoghaib, qui s’interroge : « Est-il encore possible de nos jours de récupérer l’intégralité de ce trésor culturel au Liban quand on sait que dans certains pays, comme la France, la collecte s’est faite très tardivement, à partir du XIXe siècle ? » La réponse est oui. Car il est possible de retrouver Ali le costaud, le curé imberbe et sa fille, Hanné et le bourreau, Mohammad le chevrier amoureux d’une princesse ensorcelante et condamné à l’exploit, ou encore la fille du vizir qui fuit avec un paysan (n’en déplaise à son roi de père), ogres et ogresses, Géha et Eliès, Zahi et Zahia...

 
 
© Zaher Jureidini
 
BIBLIOGRAPHIE
La fille aux cendres - Contes du Liban de Nathalie Zoghaib, L’Harmattan, 120 p.
 
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