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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Quand F-O.G est son propre inquisiteur


Par Fifi ABOU DIB
2010 - 03
Personnage controversé, Franz-Olivier Giesbert, présentateur de l’émission d’actualité culturelle Vous aurez le dernier mot sur France 2, compte parmi les ténors du journalisme français. Si on lui a reproché le portrait cruel et indiscret qu’il a fait de Chirac (La tragédie du président, 2006) et celui guère plus amène qu’il a donné de Mitterrand (François Mitterrand, une vie, Seuil 1996), le voici, avec Un très grand amour, détournant ses lazzi contre lui-même, en forçant tout de même le trait juste ce qu’il faut pour donner un peu d’invraisemblance à cette autoflagellation parfois cruelle jusqu’à l’obscénité.

« Tous les personnages de ce livre sont purement imaginaires, sauf l’amour, le cancer et moi-même », avertit F-O.G en exergue de son roman. Le narrateur s’appelle Antoine Bradsock, « un guignol avec un air égaré et un regard torve à cause d’un œil qui envoie l’autre paître ». Portrait réaliste s’il en est, même si le public a généralement tendance à voir en Giesbert un homme portant plutôt beau. Tout dans le parcours professionnel de Bradsock est pompé chez Giesbert. Comme ça ne s’invente pas, on a tendance à croire tout ce qui suit : l’eau forte d’un être « en vrac ». La description de son bureau « capharnaüm où l’on peut trouver des piles de livres, une tablette de chocolat entamée, trois cannettes de bière vides, deux tartines de pain rassis » et l’on en passe, doit donner une idée du désordre qui règne sur sa vie. La solution ? Même heureux en ménage, le narrateur continue à chercher le très grand amour, « celui qui, selon Spinoza, constitue “un accroissement de nous-mêmes” ». Cet amour qui donne à la vie sa cohérence, et que Giesbert avoue considérer comme l’ultime planche de salut et le seule clé du bonheur, tombe sur le narrateur sans crier gare, sous la forme « d’une fille aux cheveux d’or », un jour où celui-ci donne une conférence à un public de retraités somnolents. Isabella veut bien, et Bradsock veut du bien à Isabella. Mais tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Bradsock a des pannes, et ce n’est pas l’émotion. S’ensuit un descriptif, « niveau carabin » pour les détracteurs de l’auteur, des avatars du cancer de la prostate dont aucun détail n’est épargné au lecteur, même pas celui d’un pipi intempestif sur le tapis Savonnerie de l’Élysée, alors que le président épingle sans enthousiasme une Légion d’honneur à la poitrine de Bradsock. Cet incident est-il véridique ? On vous l’a dit, le trait est forcé jusqu’à l’invraisemblance, et c’est ce qui fait de cette autobiographie romancée mais sévère un faux acte de rédemption, si toutefois tel était l’objectif de l’auteur après en avoir malmené plus d’un.

 
 
 
BIBLIOGRAPHIE
Un très grand amour de Franz-Olivier Giesbert, Gallimard, 2010, 253 p.
 
2020-04 / NUMÉRO 166