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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Poésie
Égarements partagés
Les éditions Le Castor astral avaient publié en 2011 l’ensemble des poèmes de Marc Alyn sous le titre La combustion de l’ange qui fut couronné par le Goncourt de la poésie. Récidive heureuse, ce sont cette fois les poèmes en prose de l’auteur (1957-2015) qui font l’objet dans leur intégralité d’un volume intitulé Proses de l’intérieur du poème.

Par Antoine Boulad
2015 - 10
De prime abord, ce titre paraît déroutant. Qu’irai-je faire dans cette galère, « au fond de l’inconnu », s’il ne s’agit que d’y retrouver la piètre prose ? Puis, découvrant ce magnifique incipit de la quatrième partie du volume, « Tout tenait à un fil – la phrase, la destinée – (…) » et au fil de toutes les pages, on ressent dans notre chair que prose et poésie ne sont que les deux joues d’un même visage que l’on embrasse avec fougue.

« Créer un monde nouveau », pour un poète, y a-t-il formule plus éculée et plate ? Et pourtant, on n’arrive pas à la bouder cette insipide lapalissade afin d’appréhender ces textes d’une poésie follement foisonnante. Frère de l’Arthur des Illuminations, Marc Alyn fonde à chaque phrase une ville, un pays, un univers, une langue oniriques et imaginaires, avec des mandalas d’images les moins convenues, des labyrinthes de sens les moins attendus…

« Quand les mots somnambules vont et viennent sur les parvis de l’imaginaire, dans l’intervalle, l’entre-temps, la césure éblouie, quel au-delà s’avance à leur rencontre avec sa lampe allumée en plein jour, comme l’Hermine des tarots ? »

Le recueil rassemble quatre périodes dont la dernière, inédite, donne son titre à l’ensemble. À l’intérieur du poème, nous subjugue une prose faite de « salves d’images à fragmentations ». À l’intérieur du poème, nous serons « sauvés de la mort ». À l’intérieur du poème, « la phrase panoramique remonte ses filets débordants d’archipels, de galaxies, de brouillons d’univers où la mort ne constitue qu’une faute de frappe ». À l’intérieur du poème, nous emprunterons des sentiers de traverses, « guidés par des chiens aveugles », pour un voyage dépassant les frontières de « nos corps surnaturels ». Équipées sauvages de « nos vies inextricables », folles chevauchées où « le cavalier décapité filait au galop ». Nous pousserons les portes du vent où nous attend « le bouche-à-bouche de l’ange ». « Riverains de l’intemporel », nous y séjournerons jusqu'à ce que nous apprenions « la mort par cœur ». Au retour, nous communiquerons « des nouvelles fraîches de l’infini ». À l’intérieur du poème, « nous prenions le temps de caresser au passage une jeune rivière bouclée comme un agneau, chatouillant de son rire le paysage voyageur ».

Du Gaspard de la nuit d’Aloysius Bertrand aux Champs magnétiques de Breton et Soupault, en passant par les Petits poèmes en prose de Baudelaire et les Illuminations de Rimbaud, l’affiliation de Marc Alyn est une voie royale de la poésie. Cependant, s’il garde du surréalisme une liberté extrême, ses textes qui paraissent automatiques sont en fait pesés avec une balance de pharmacien. Dans ce déferlement fou d’images, cette ampleur, ce débordement festif, ses mots semblent paradoxalement « tirés à quatre épingles ». C’est que le poète avait pour mission essentielle de « présenter les mots aux choses et les choses aux mots en vue d’égarements partagés ».





 
 
D.R.
 
BIBLIOGRAPHIE
Proses de l’intérieur du poème de Marc Alyn, Le Castor astral, 2015, 267 p.
 
2020-04 / NUMÉRO 166