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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Poésie
Violentes accalmies
Les poèmes de Cécile Guivarch avancent en une danse invisible, tiraillés entre leur tendance à l’élévation et une gravité qui affleure à l’ensevelissement. 

Par Ritta Baddoura
2016 - 01
S’il existe des fleurs. Le titre aux tons lyriques et sucrés révèle néanmoins une voix sobre exprimant fidèlement ce que lui dicte le regard. Un regard sensible aux mouvements visibles et invisibles. Dans la simplicité des vers une inquiétude ronge l’âme. Une tristesse se décante. Le poème s’égrène sans masques.

« la terre prend quelque chose/ que nous cherchons encore/ la remuer pour remonter le meilleur ».
« un ruisseau coule au fond des corps/ les traverse de bas en haut/ l’eau se teinte à mesure ». 

La voix poétique qui domine les morceaux de S’il existe des fleurs a le silence pâle du calme après la tempête – déchainement des éléments, chasse impitoyable, guerre rageuse. Dans cette accalmie, la peur persiste, ainsi qu’un espoir solide et éveillé : une victoire sur le noir est possible et coexiste avec la fatalité de savoir la mort imminente. Emprisonnés, bombardés, déportés, inondés, expulsés, apatrides, destitués, assassinés, emportés, avalés ou cloués sont celles et ceux dont Cécile Guivarch narre la décomposition.

Omniprésences de l’eau et du ciel sont linceuls ouverts pour tant de cadavres. Omniprésence de la catastrophe. La violence des hommes, la douleur qu’ils infligent et suscitent, apparaissent comme fondues dans un équilibre innocent avec la nature tour à tour bienveillante ou foudroyante. À l’heure où ce qui fait l’humain devient une nébuleuse que ne sonde aucune lumière, oiseaux, animaux, arbres, fleurs et hommes se tiennent dans une proximité solennelle. 
« les animaux courent devant/ pour ne pas être tués/ aussi des hommes/ courent autant/ ils restent chauds/ après leur dernier souffle ».
« les morts s’accrochent les uns aux autres/ partagent la ténacité d’arracher leurs poumons à l’air/ pour se taire tout à fait ».

Une poussée qui est une sorte d’effort continu, tendue entre un élan ascendant et une chute grave et profonde. Baignant dans un halo de douceur, telle est l’écriture de Cécile Guivarch dans S’il existe des fleurs. Quoique de puissance et de résonance inégales, ses poèmes impriment dans l’esprit du lecteur un mouvement s’apparentant à la danse. Cette danse reste calme et invisible. Elle porte le recueil de bout en bout dans une pudeur qui persiste.


 
 
D.R.
 
BIBLIOGRAPHIE
S’il existe des fleurs de Cécile Guivarch, L’Arbre à paroles, 2015, 110 p.
 
2020-04 / NUMÉRO 166