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Poésie
Quintette Europa
Europ’oètes rassemble en un coffret cinq solos poétiques publiés en édition trilingue français-anglais et islandais, macédonien, polonais, slovaque, lituanien. Un bel hommage à la pluralité de la poésie européenne contemporaine.

Par Ritta Baddoura
2016 - 03
Europ’oètes met à l’honneur l’Islande, la Pologne, la Lituanie, la Macédoine et la Slovaquie, par la voix de l’une ou de l’un de ses jeunes poètes. Sigurbjörg Thrastardóttir, Krzysztof Siwczyk, Giedrė Kazlauskaitė, Nikolina Andova et Martin Solotruk, dont les écrits composent les cinq recueils de ce coffret, sont nés entre 1970 et 1980. Ils ont été sélectionnés par Versopolis, organisme chargé de promouvoir la poésie européenne, pour cet ouvrage qui bénéficie du soutien de la Commission européenne et du Printemps des poètes. Les préfaces rédigées par des auteurs déjà publiés chez Bruno Doucey, apportent à l’écriture de ces poètes un point de vue personnel et intime, loin des sentiers battus.

« je saigne quelquefois/ mais c’est sans douleur/ ni plus souvent ni moins/ que tout le monde/ quelques jours toutes les 4 semaines/ comme sur un champ de bataille quelconque/ d’ailleurs plutôt que de se plaindre/ on devrait applaudir/ pareil système/ parce que ce sont/ des effusions de sang prévisibles/ et pour la plupart sans danger (…) » S. Thrastardóttir

Deux voix se dégagent des cinq proposées et s’imposent. Deux voix puissantes et intérieures. Dotées d’un mouvement perceptible. Il s’agit de la Lituanienne Giedrė Kazlauskaitė et du Polonais Krzysztof Siwczyk. Les mots de Siwczyk attirent le lecteur au centre de leur nébuleuse obsessive et font flotter autour de lui, puis en lui, dans une pulsation redoutable, les éléments du poème. Ses morceaux sont habités d’une densité mélancolique et côtoient, dans une pensée active et mélodique, la mort.

« (…) Les gens se promettent bien trop peu en rapport/ aux possibilités. Prenons ces gens par exemple./ Des monstres qui s’aiment,/ affectueux reptiles se pressant autour du cadavre/ de leurs propres doléances comme si c’était/ l’incubation d’œufs vides, un nid de sang privé de sa/ source, un manchot/ envoyé à la poursuite d’un pigeon voyageur./ J’ai prié, proposé,/ tuez-vous, mais personne ne m’a écouté, leurs cris/ étaient sans fin/ ce n’est qu’à présent que je comprends, allongé sur le dos,/ une poignée de phrases à peine » K. Siwczyk

Douce, solide, articulant contenus adultes et contenus infantiles, détournant la symbolique religieuse catholique pour se l’approprier et l’exposer à la lumière crue de son expérience interne, la poésie de Giedrė Kazlauskaitė est violence et étrangeté. Subversive, elle gravite autour du féminin en elle avec une empreinte autrement originale que ce que les écritures des poètes de ce coffret proposent.

« Je me suis violée moi-même/ dans le fauteuil sous le laurier/ quand sonnait la musique pseudo-sacrée/ ameno dori me/ padre/ une fille que j’embrassais en rêve/ est devenue mère pour moi/ je me suis réveillée honteuse/ la libido effondrée/ les seins hirsutes etc./ (…) le dieu des prés et du lait/ accompagne les bateaux/ des pensées de nos prières du soir/ à l’aube il se change de nouveau en père/ portant le gilet de sauvetage du monde/ leur fille qui s’est auto-violée/ ne redoute que deux choses :/ la nuit et le jour » G. Kazlauskaitė

De nombreux traducteurs ont contribué à cette publication. Le plaisir d’éprouver et de préférer le goût d’un morceau dans une langue ou une autre est un atout essentiel d’Europ’oètes. Toutefois, une lecture attentive révèle certaines incohérences entre les versions française et anglaise, ce qui rappelle à quel point la traduction de la poésie peut être une aventure exigeante et créative, exposée aux errances et parfois aux erreurs. Il reste que le vent de voyage qui se dégage d’Europ’oètes est un bel hommage à la pluralité des langues et des géographies physiques et poétiques. Hommage aussi à la parité puisque trois poètes sur les cinq publiés sont des femmes. Et comme il est rare de pouvoir lire en français des poètes lituaniens, slovaques, islandais, 
 
 
D.R.
 
BIBLIOGRAPHIE
Europ’oètes, Cinq voix de la poésie européenne de Sigurbjörg Thrastardóttir (Islande), Krzysztof S, éditions Bruno Doucey, 2016, 5 livres de 64 p.
 
2020-04 / NUMÉRO 166