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2017-11 / NUMÉRO 137   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Poésie
Lanskine : être en connivence avec l’essentiel


Par Ritta Baddoura
2017 - 11
Lanskine, maison nantaise et parisienne, publie principalement de la poésie. Dans une recherche alliant éclectisme et exigence, elle accueille les textes qui procèdent « d’une nécessité de langue », par-delà leurs qualités expérimentale, stylistique ou sonore. Catherine Tourné, sa fondatrice et directrice, ainsi que les poètes Paul de Brancion et Didier Bourda, sont les invités de ce Salon du livre francophone de Beyrouth. 

« Il fait peur d’être en Chine/ asphyxiée déjà par ses propres/ vapeurs/ (…) les fumées montent pour faire honneur au céleste/ qui ne s’offusque pas/ désormais/ du savoir-faire/ sans limite/ de ceux du bas/ si l’absolu du monde/ réside dans l’activité fébrile/ la pollution est un hommage au ciel »
Paul de Brancion

Catherine Tourné, historienne de l’art, archéologue et journaliste d’art, vous fondez Lanskine en 2008. Dans cette maison vous faites tout : de la recherche des textes, au découpage de marque-page. Quelles étapes préférez-vous ? 
Ce qui est extraordinaire dans ce travail c’est justement sa variété, mais je dirai que le moment le plus important est la rencontre avec un texte. Lire un manuscrit et avoir le sentiment qu’il correspond à quelque chose qui vous plait, que vous voulez défendre, ou bien que c’est un texte qui vous étonne, vous fait bouger dans vos désirs et vos attentes, est un instant merveilleux. Mais chaque étape est intéressante car jamais semblable à la précédente. La mise en page varie pour chaque livre et même parfois pour chaque texte dans un livre. Le marque-page original que je créé pour chacune de mes publications est aussi une étape importante car il me permet de donner une coloration au livre, c’est sûrement un clin d’œil à ma formation d’historienne de l’art. Mais toutes ces étapes, à part le choix, se font en étroit lien avec l’auteur. 

Pensez-vous que votre travail d’éditrice ainsi vécu procède d’une solitude en résonance avec celle du poète ?
Le livre est le fruit de nos échanges et c’est un des rôles de l’éditeur de rompre la solitude de l’auteur. Le seul moment où je suis vraiment seule c’est face aux manuscrits mais j’apparente cette solitude à celle du lecteur plus qu’à celle de l’auteur. Je cherche une voix et parfois je l’entends.

« et/ toi/ tu es là/ sur le petit chemin/ tu m’appelles/ on entend au loin/ l’écho du canon/ les gens du village/ se cachent/ et/ tu es là/ debout au soleil/ sur le petit chemin/ tu m’apportes/ un panier de raisins »
Mounir Debs

Vous avez confié lors d’une interview : « Le nom des éditions Lanskine provient de Boris Lanskine, libraire parisien dans les années 80, qui accueillait les lecteurs avec attention. Il leur conseillait, après les avoir écoutés, des livres auxquels ils n'auraient pas pensé. » Quels livres Boris Lanskine a su vous conseiller ?
Boris Lanskine m’a conseillé beaucoup de romans comme Le Jeu des perles de verre d’Hermann Hesse, Malicroix d’Henri Bosco ou des livres de poésie comme le Parti pris des choses de Francis Ponge. 

Vous paraissait-il important de confier au nom de vos éditions la tâche essentielle du libraire bienveillant pour préserver le lien poète-éditeur-libraire-lecteur ?
Bien sûr, le libraire est essentiel pour la vie d’un livre. La poésie est peu présente dans les librairies de manière générale, mais ceux qui lui font une place, le font avec générosité et engagement. Être éditeur ou éditrice de poésie, c’est aussi être passionné, on ne gagne absolument pas d’argent, je gagne juste ce qui me permet de continuer à publier. Pourtant, il me semble essentiel de continuer, de faire partie de cette chaîne dont vous parlez, de porter un texte, le faire vivre sous forme de livre, trouver un libraire qui saura en parler, le présenter, susciter la rencontre avec le lecteur.

Lanskine est née d’un sentiment d’urgence et de résistance. Ce sentiment est-il toujours vif aujourd’hui ? Ou serait-ce le propre de la poésie d’être en connivence avec l’essentiel ?
Ce sentiment d’urgence, de résistance est toujours aussi vif. Car la poésie interroge la langue, elle joue avec toutes les possibilités créatives des mots et des phrases elle propose une vision du monde originale et essentielle qui s’oppose à la doxa. Elle est bien loin de la marchandisation et suggère un système économique parallèle, un peu comme l’agriculteur bio qui vend en direct à ses clients. (…) La poésie actuelle est riche, extrêmement variée, mais peu connue. Il serait opportun de s’interroger sur le pourquoi. Les éditeurs sont là pour donner à entendre des textes qui par leur forme, vont aller à l’essentiel.

« D’AUTRES VOIX. Car trop sont nos terres loin. Trop/ son nostras terras lohn. ELLE. Avancez. Traversez./ Il y a tant de passages. Check point. Tant de chemins./ Avancez ! Avancez ! Nous écrivons car l’eau n’habite/ plus la voix. Du langage coule sans./ Le poème juste un bras qui s’agite on dirait un lointain/ bonjour peut-être appelle-t-il à l’aide. À cette distance/ comment apprendre les gestes qui sauvent. »
Didier Bourda
 

BIBLIOGRAPHIE

La Galerie montagnaise de Didier Bourda, Lanskine, 2017, 128 p.
Concessions chinoises de Paul de Brancion, Lanskine, 2016, 80 p.
L’Appel de Mounir Debs, Lanskine, 2017, 64 p.

Lanskine au Salon :
Lecture poétique le 7 novembre à 18h (salle Montaigne- Biel).
 
 
D.R.
 
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