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2018-11 / NUMÉRO 149   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Poésie
Shams Nadir, géographe de l'intériorité


Par Antoine Boulad
2018 - 07
Planisphère intime est un recueil de poésies dont l’auteur, Shams Nadir (qui signifie en arabe le soleil à son point le plus bas, opposé au zénith) est à la fois tunisien et français mais dont la « géographie de l’être » s’étend au monde. 

Cet ouvrage préfacé par Alexandre Najjar et publié au Liban, réunit ainsi les rives de Mare Nostrum que la tragique actualité transforme en cimetière marin à ciel ouvert, occultant le fait que ce fut la croisée des civilisations fondatrices.

Deux grandes parties composent le recueil du poète tunisien, de son vrai nom Mohamed Nadir Aziz. La première, « Balises », est celle de l’espace comme en témoigne ce vers de Sindbad aux accents de St-John Perse : « Toujours, il y eut l’errance et toujours le vent », espace dont l’aire géographique s’étend de Bethléem au pays aztèque ; du Fuji-Yama qui invoque Bashô à l’Île noire qui invoque Neruda en passant par la Méditerranée. Nul besoin au poète de tourner « sept fois les voiles » pour danser sur une mappemonde. Dans la postface intitulée « Lectures plurielles » qui a pour sous-titre « L’œuvre de Shams Nadir vue par » et dans laquelle l’auteur réunit des témoignages, celui du poète mauricien Edouardo Maunick souligne « le plus salutaire des complots que Shams Nadir ourdit : la quête exigeante d’une identité entre enracinement et ouverture ». Cette dialectique fait d’ailleurs écho à celle qui était déjà inscrite dans le titre de l’ouvrage Planisphère intime. Le monde entier en moi. Le plus lointain est également le plus proche. 

Cette partie s’achève par deux poèmes d’amour dont on citera ces deux beaux vers :
« Apaise mes désarrois
Par la rosée de tes baisers/
Et, autour de mon cou, l’écharpe de tes bras
Pour rallumer les étoiles »

La seconde partie de l’ouvrage, « Stèles », est celle du temps qui donne à entendre « Les voix chères qui se sont tues », selon le vers de Paul Verlaine.

Ce qui la rend à nulle autre semblable, c’est sa structure tout à fait originale qui alterne les poèmes avec le récit des circonstances précises qui ont présidé à leur éclosion. Et c’est ainsi l’occasion de mettre en scène des fragments autobiographiques dont les anecdotes truculentes gravitent autour de grands noms parmi lesquels nous citons : Louis Aragon, Léopold Sédar Senghor, Miguel Angel Asturias, Maurice Béjart, Yehudi Menahim, Mounir Bashir, Mahmoud Darwich, Julio Cortazar et Jorge Amado… C’est que les hautes fonctions qu’occupa longtemps Mohamed Nadir Aziza en tant que directeur des études interculturelles à l’UNESCO et à l’Académie mondiale de poésie de Vérone lui donnèrent l’opportunité d’exercer son universalisme.

Est-ce à dire que les poèmes de ce recueil ne sont que des poèmes de circonstance ? Ils en ont en tout cas l’apparence trompeuse mais le tour de force c’est l’élégance naturelle avec laquelle le poète en fait des partitions universelles, en attribuant au particulier ses titres de noblesse…
« Tu m’apprends comment
Un seul arbre peut être ciel
Une seule aurore, naissance
Un aveu chuchoté, chant du monde. »


 BIBLIOGRAPHIE  
Planisphère intime de Shams Nadir, Dergham, 2018, 149 p.
 
 
 
D.R.
 
2018-11 / NUMÉRO 149