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2020-02 / NUMÉRO 164   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Editorial
Commémorations


Par Alexandre Najjar
2007 - 06
L’Orient littéraire fête déjà son premier anniversaire ! Douze numéros, pour défier la guerre des 33 jours, les luttes intestines, les actes terroristes et le découragement qui ont marqué cette année terrible. Parce que les mots seront toujours plus forts que la mort. Malgré les tempêtes, le supplément a pu appareiller et trouver sa vitesse de croisière, tout en restant libre. Libre, suivant l’exemple de Gebran Tuéni, Samir Kassir, May Chidiac et toute une cohorte de journalistes martyrs. Les crimes abjects dont ils ont été victimes confirment que la presse est bel et bien un « quatrième pouvoir » ou, pour reprendre la formule de Marc Kravetz, un « contre-pouvoir ». La presse n’a pas peur, elle fait peur. Évoquant le pamphlétaire Henri Rochefort dont le journal La Lanterne contribua à l’écroulement du Second Empire, Victor Hugo écrivait : « Rochefort, l’archer fier, le puissant sagittaire/Dont la flèche est au flanc de l’Empire abattu. » Aujourd’hui encore, la plume apparaît comme une « flèche ». Aussi ces crimes conduisent-ils à l’inverse de ce que recherchaient leurs auteurs : la mort d’un journaliste le sanctifie ; elle n’étouffe pas sa voix, elle l’amplifie. Mais ils ne doivent pas rester impunis. À présent que le tribunal international est institué, il faudra poursuivre les assassins sans relâche, de sorte que le châtiment qui leur sera infligé serve d’exemple à tous ceux qui n’ont pas encore compris que la liberté d’expression est sacrée, et de revanche à tous les journalistes arabes persécutés.

Dans son Histoire de Beyrouth, Samir Kassir consacre plusieurs pages à la « liberté de ton » de la presse libanaise, et illustre son propos par une caricature montrant une femme couronnée (la presse) attachée à un poteau, avec cette légende : « La presse bâillonnée, mais reine ». Comme Gebran Tuéni, il est mort d’amour pour cette reine.
 
 
 
2020-02 / NUMÉRO 164