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2018-07 / NUMÉRO 145   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Editorial
Décadence


Par Alexandre Najjar
2018 - 07
Il est des pays qui vivent en démocratie, d’autres en dictature. Nous, nous vivons en décadence.

Cette décadence se manifeste, hélas, à plus d’un niveau :
1- Le délabrement de nos valeurs, puisque la corruption est devenue la norme, à tous les étages de la pyramide, malgré les cris d’orfraie poussés par ceux qui font mine de la combattre tout en se remplissant les poches. Le citoyen est devenu à l’image de ses maîtres : voler n’est plus un crime, c’est un sport national. Aussi la violence ambiante est-elle devenue contagieuse, dopée par la présence d’états dans l’État, par la prolifération de tribus et de clans belliqueux, par l’impunité dont jouit un certain nombre de fripouilles intouchables, sans compter la propagande diffusée par une série télévisée répondant au doux nom d’«Al-Hayba », qui fait l’apologie des mafieux au grand cœur. Or « le mépris des lois, c’est le commencement de la décadence », affirmait justement le poète Jean Pellerin.

2- Le délabrement de nos institutions, avec une administration gangrenée par la paresse, le clientélisme et le laisser-aller, noyautée par des fonctionnaires qui n’ont d’autres attributs que leur allégeance à tel ou tel parti. Sur le plan constitutionnel, la déliquescence est totale, avec une Constitution élastique et des pratiques douteuses qui ont transformé le gouvernement en mini-parlement, comme si la séparation des pouvoirs n’existait pas, et la Chambre des députés en une assemblée de spectateurs dépourvus d’initiative.

3- La décadence de notre économie, puisque notre pays, jadis si prospère, est dans un état proche de la faillite, confronté à une crise sans précédent qui n’épargne aucun secteur et à un flux insupportable de réfugiés, l’hypothétique manne pétrolière n’étant qu’une carotte destinée à faire avancer les ânes que nous sommes. Bien évidemment, les gouvernants rassasiés, trop occupés à alimenter les querelles régionales transposées sur la scène politique locale, ne réagissent pas, insensibles à la misère qui menace le peuple.

L’heure est grave. « La crise est de morale aussi bien que d’argent, on décampe en hurlant du bateau qui naufrage », écrivait Bertolt Brecht. Si nos dirigeants ne redressent pas la barre dans les mois à venir, sauve qui peut !

 
 
 
2018-07 / NUMÉRO 145