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2017-12 / NUMÉRO 138   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Théâtre
Roger Assaf : une « non histoire » du théâtre


Par Tarek Abi Samra
2015 - 11
«C’est en enseignant le théâtre que j’ai pris conscience à quel point ce que nous apprenons aux étudiants est lacunaire, voire faux : nous leur imposons une vision du théâtre qui n’est pas la leur, qui ne correspond pas à leur propre culture. »

Pour pallier cette déficience et proposer une vision plus large de ce qu’est le théâtre, Roger Assaf a entrepris un projet colossal : écrire (en français) une encyclopédie universelle du théâtre qui fera cinq volumes en tout, soit environ 3000 pages. Deux volumes sont déjà prêts – la publication du premier est prévue pour l’année prochaine. L’auteur, en compagnie de Paul Mattar, présentera ce projet le 1er novembre au Salon du livre francophone.

Assaf nous a fait part des deux idées maîtresses qui sous-tendent son encyclopédie. La première va à l’encontre de la conception prédominante selon laquelle l’art dramatique aurait une histoire unique et linéaire, englobant les différentes formes théâtrales qui s’engendreraient l’une l’autre, allant de la plus primitive à la plus complexe. Il existerait plutôt des théâtres multiples qui seraient, selon Assaf, « des étapes ou des temps souvent autonomes, ayant chacun sa vie propre ». Ainsi, explique-t-il, des formes telles que la tragédie grecque, le nô japonais ou le théâtre d’ombres, voient le jour au sein d’une certaine société déterminée, se développent puis périssent ou se transforment en quelque chose d’autre ; toutefois, elles n’entretiennent aucune relation les unes avec les autres et l’on ne peut guère les intégrer dans une seule et même Histoire. C’est pour cette raison que chacune, dans l’encyclopédie en question, est traitée dans un chapitre à part, indépendamment des autres, et que l’introduction de l’ouvrage s’intitule « Prélude à une “non histoire” du théâtre ». Mais il reste que toutes ces formes expriment des préoccupations similaires, l’homme étant toujours et partout le même, confronté qu’il est aux mêmes questionnements fondamentaux, ceux relevant de « son rapport à la divinité, à la société, à la guerre, à la souffrance et à l’amour ; aux problèmes de la vie et de la mort. »

Seconde idée directrice, découlant de la première : offrir une vision non européocentriste du théâtre. Selon Assaf, on raconte d’habitude l’histoire de cet art à partir d’un point de vue strictement occidental ; même plus, on considère souvent une certaine forme spécifique de théâtre, celle qui a dominé en Europe depuis le XVIIe jusqu’au XIXe siècle, comme étant l’unique modèle, à l’exclusion de tout autre. « On croit que le théâtre, c’est un univers fictif coupé du monde, fabriqué par un auteur, un metteur en scène et des acteurs, représenté sur une scène rectangulaire séparée du public. Mais le théâtre n’a pas toujours été ainsi, et l’on sait, depuis les révolutions artistiques du XXe siècle, qu’on peut faire autrement. »

Élargir la définition de ce qu’est le théâtre tout en réhabilitant ses multiples formes qui ont surgi au sein de cultures différentes, telle serait la double ambition de cette encyclopédie.



Roger Assaf au Salon
Annonce de la publication du Théâtre dans l’Histoire le 1er novembre à 19h (Amphi. Gibran)
 
 
© Perla Kherakalian
 
2017-12 / NUMÉRO 138