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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
La dame de cœur


2011 - 03
Celle qui dominait notre enfance est aujourd’hui une petite femme menue. Le dos légèrement voûté, sa démarche qui se fait plus hésitante lorsqu’elle parcourt les ruelles étroites d’Achrafieh ne manque pourtant pas d’une certaine tenue. Celle apprise chez les religieuses françaises où elle a fait ses études, durant le cours de maintien et de politesse dispensé en ces temps le samedi.

Comme elle l’a fait toute sa vie et malgré le poids des années, elle ne manque jamais de s’habiller très tôt, en cardigan pastel et collier de perles. C’est qu’il lui faut rejoindre le dispensaire où elle retrouve ses petits pauvres, des gens humbles pour lesquels elle se dévoue encore. Car à l’âge où on est normalement assisté, elle trouve tout à fait naturel d’aider encore « autrui », comme elle le dit avec son langage délicieusement châtié.

Si elle ne manque jamais, en femme de devoir qu’elle a toujours été, la messe du dimanche, son rapport au Très-Haut est étrangement moderne, ayant toujours eu du mal à supporter les litanies répétitives et les sermons trop longs. Elle l’avoue, un peu mutine, s’empressant d’ajouter, en bonne chrétienne : « Que Dieu me pardonne ! »

Ses amies, des dames « très comme il faut » comme elle le dit sans rire, lui sont très fidèles. Elles ne manquent jamais de fêter son anniversaire par un joli cadeau et un déjeuner au restaurant. Et tous les jours, durant des heures, on les entend bavarder et rire au téléphone comme des collégiennes au retour de l’école.

Elle s’étonne sincèrement d’être « encore là quand tant d’autres sont déjà partis », comme elle le dit pudiquement, mais croque avec une joie enfantine sa pomme rouge tous les soirs.

Si lorsqu’on lui confie ses soucis et ses peines, elle n’a plus les réactions passionnées d’autrefois et la même fougue à défendre son point de vue, son visage, qui a conservé une certaine grâce, s’illumine encore malicieusement lorsque je la fais rire. Elle a alors un fou rire frais de jeune fille qui vous remplit le cœur de joie et vous fait fugitivement retrouver la femme si vive d’autrefois.

Bonne fête maman.
 
 
 
2020-04 / NUMÉRO 166