FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Un dîner en ville


2016 - 08
Votre mari peste. Comme toujours, vous êtes en retard. C’est que vous n’arrivez pas à vous décider entre un tailleur noir BCBG et une petite robe rouge délurée. Même dilemme pour les chaussures. Ballerines sages ou talons vertigineux ? En bonne libanaise, vous finissez par opter pour un look semi-vamp, semi-chic.

Vous démarrez en trombe. Il est déjà 21h30. Avant de vous rendre compte que vous avez oublié le cadeau. Arrêt d’urgence chez le premier traiteur venu pour une bouteille de Black. Vos hôtes doivent en avoir une cinquantaine. Tant pis, trop tard pour le cadeau personnalisé.
À l’arrivée, après vous être extasiée sur la nouvelle déco somptueuse de l’appartement beyrouthin, vous faites remarquer avec une certaine jubilation à votre mari que vous êtes loin d’être les derniers. Les couples continuent d’arriver jusqu’à 22h. Ce qui fait que vous mourez de faim. Et au lieu de grignoter sagement des quartiers de pamplemousse rose et les sempiternelles carottes et concombres, vous engloutissez des pistaches désastreuses pour votre régime. Vous hésitez pour les choux-fleurs à la sauce cocktail dégoulinante à cause du nouveau canapé blanc de votre hôtesse.

Rapidement, les couples se divisent. D’un côté, les hommes qui devisent gravement de politique. Comme depuis que vous êtes née, la situation est paraît-il catastrophique au Liban. On se console en se disant que, pour une fois, ce n’est pas mieux ailleurs. Même en France, etc. De l’autre côté, les femmes qui tentent de tenir une conversation hautement intellectuelle axée sur le dernier roman d’Amélie Nothomb dont vous n’avez, à votre grande honte, jamais rien lu. Avant de sombrer rapidement : derniers régimes à la mode, heurs et malheurs des bonnes et, plus palpitant encore, mais alors à mi-voix, tromperies et adultères de qui vous savez...

L’annonce du dîner vers 22h30 est accueillie avec soulagement. Le buffet est, comme toujours, somptueux et, ce qui ne gâche rien, absolument délicieux. Et cela malgré le kale, nouveau « quinoa » incontournable des dîners beyrouthins. Quant aux desserts, c’est Byzance. Tant pis, vous jeûnerez demain.

Le choix crucial entre café noir et « café blanc » sonne la fin des festivités. Vous remerciez chaudement vos hôtes. Il paraît que vous devez les appeler aussi demain, ce que vous oubliez régulièrement de faire.

À votre mari qui bougonne contre les mondanités sur le trajet de retour, vous pouvez l’avouer. Qu’on se le dise, vous adorez être invitée.
 
 
D.R.
 
2020-04 / NUMÉRO 166