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Dictionnaire
Étrange fresque papale
Martyrs, fondateurs, héritiers, chefs de guerre, héros, tyrans, réformateurs, génies, visionnaires, jouisseurs, protecteurs des arts, administrateurs, prophètes… les papes furent tout cela.

Par Lamia el-Saad
2016 - 07

Journaliste passionné par les affaires vaticanes, Bernard Lecomte est l’auteur de plusieurs livres de référence parmi lesquels une biographie de Jean-Paul II, Les Secrets du Vatican et Les Derniers secrets du Vatican. Il était donc cohérent de le voir signer le Dictionnaire amoureux des papes. 

Toutes les catégories y sont représentées. Les saints comme les anonymes qui ne firent que « traverser l’histoire » : souvent élus alors qu’ils étaient âgés et parfois malades, certains ne régnèrent que quelques années, voire quelques mois.

D’autres furent injustement oubliés. Citons, à titre d’exemple, Benoît XIV, « pape des Lumières » ; Calixte III qui réhabilita Jeanne d’Arc ; Grégoire XIII à qui nous devons le calendrier grégorien ; Grégoire XVI qui condamna l’esclavage ; Pie II, seul pape à avoir écrit ses Mémoires ; Nicolas V, fondateur, entre autres, de la Bibliothèque vaticane ; Martin V qui restaura le prestige de la papauté après le grand schisme d’Occident ; Zacharie qui donna le coup de grâce à la dynastie des Mérovingiens en faisant sacrer Pépin le Bref et jeta les bases de l’alliance qui devait être scellée par son successeur Léon III et Charlemagne…

Et puis, il y a tous ceux qui « méritent amplement de s’inscrire dans un panorama plus général de la papauté ». Ceux qui ont conforté l’héritage de Pierre sur les ruines de l’Empire romain, ceux qui ont négocié la protection des empereurs d’Occident, ceux qui ont organisé la résistance à l’islam, ceux « qui se sont perdus dans les frasques de la Renaissance », ceux qui ont pris la Révolution française de plein fouet, ceux qui ont su s’adapter à la modernité. 

Même certains antipapes d’Avignon sont mentionnés dans ce dictionnaire… L’ordre de passage étant alphabétique et non chronologique, le fil conducteur de l’Histoire est constamment rompu ; ce sont donc des fragments d’Histoire qui sont ici relatés. Fragments que l’on a bien du mal à mettre bout à bout et à situer dans leur contexte. Et ce d’autant plus que la liste n’est pas exhaustive.

En effet, « ce livre n’est pas un mémorandum des 266 papes ayant incarné l’Église universelle ». Il a pour but « d’évoquer les diverses composantes de cette réalité vivante, multiple, extraordinaire » qu’est la papauté et s’efforce d’en recouvrir tous les aspects, de la journée-type d’un pape aux archives secrètes du Vatican qui ont toujours suscité les fantasmes des romanciers, lesquels « font mine d’ignorer que secrètes veut dire privées, tout simplement », du tailleur Gammarelli à la piazza Navona.

Il ressort de ce patchwork une vérité trop souvent oubliée. La religion chrétienne n’a pas toujours été ce qu’elle est : il aura fallu pour cela plusieurs conciles. Il aura également fallu lutter contre bien des hérésies : l’Arianisme, le Nestorianisme, le Monophysisme… La papauté non plus n’a pas toujours été ce qu’elle est. Objectif et sans complaisance, Lecomte décrit certains papes de la Renaissance dont le nom demeure associé à un parfum de scandale. Parmi ceux-là, Alexandre VI Borgia, épris de femmes, de luxe et de pouvoir. 

La papauté a évolué, notamment, grâce à Jean-Paul II qui a contribué à la rendre moins « romaine » et plus « universelle ». Elle évolue, encore aujourd’hui, grâce au pape François dont les deux réformes fondamentales sont le fonctionnement de la curie et la transparence de la banque du Vatican. « Mais il est encore plus audacieux de réformer l’Église dans ses priorités, sa vocation, son ouverture. Faire d’une Église qui condamne à une Église qui accueille. »

Plutôt que d’éviter les sujets sensibles tels que les indulgences, la pédophilie, le célibat des prêtres, Vatileaks, l’incident de Ratisbonne et l’affaire Williamson, l’auteur les aborde avec une grande lucidité.

Scrupuleux à l’extrême, il précise que le Da Vinci Code n’est qu’un roman et démontre, preuves à l’appui, que la légende de la papesse Jeanne en est bien une. S’agissant de la tentative d’assassinat de Jean-Paul II, il souligne que la filière bulgare était, « selon toute vraisemblance une fausse piste, nourrie par quelques cercles américains anticommunistes, héritiers de la guerre froide ». Il repose toutefois cette question-clé demeurée sans réponse : « Qui, plus que le Kremlin, au printemps 1981, avait intérêt à ce que le pape disparaisse ? »

Malgré certaines redites, ce Diction-naire reste une fresque papale qu’on découvre avec bonheur.


 
 
D.R.
 
BIBLIOGRAPHIE
Dictionnaire amoureux des papes de Bernard Lecomte, Plon, 2016, 64 p.
 
2017-05 / NUMÉRO 131