FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2017-08 / NUMÉRO 134   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
Opinion
Déclin de la culture
Notre dossier sur la « Grandeur et décadence de la culture française » a inspiré nos lecteurs. Nous reproduisons ci-dessous de larges extraits d’un courrier que nous adresse Lady Cochrane à propos du « déclin de la culture »

Par Yvonne SURSOCK COCHRANE
2008 - 03
La démocratie basée sur le suffrage universel s’apparente à la roulette et il arrive rarement, mais cependant de temps en temps, que l’aiguille tombe sur une personne qui ait l’étoffe d’un chef d’État. Car comment peut-on logiquement espérer qu’une foule anonyme élise en connaissance de cause des aspirants au pouvoir dont elle ignore tout sauf les promesses qu’ils adressent à leur électorat, et comment peut-on également espérer présider à la sauvegarde de la culture et de la nature ainsi qu’à leurs institutions si l’on n’a point le bagage nécessaire, si l’on n’a point grandi au sein d’un milieu cultivé ? Or, la culture est basée sur la sélection et celle-ci est tributaire d’une élite et d’un mécénat.

La Renaissance, période faste de la civilisation, n’aurait jamais vu le jour sans le recrutement de talents précoces, que ce soit dans le domaine de l’art ou celui de la pensée, sans l’encouragement, le soutien et la mise en valeur des artistes et des penseurs de l’époque. Cette explosion de talents aurait été impossible sans l’existence d’une classe sociale qui baignait dans le raffinement, la passion de l’art et de la pensée novatrice. Les jeunes talents ou supposés tels étaient pris en charge par leurs mécènes. Ils partageaient leur vie quotidienne, leurs déplacements. Ils devenaient pour ainsi dire partie même de la famille, et c’est ainsi que la culture, associée à la recherche de la perfection, imprégnait la matière même de leurs œuvres : peinture, sculpture ou architecture (…).

L’esprit de la Renaissance traversant les frontières de l’Italie, il se créa en Europe une communauté culturelle qui en fit jusqu’à nos jours une des citadelles de la civilisation mondiale, citadelle fissurée hélas de plus en plus par la force d’idéologies délétères colportées et imposées par des armées d’ONG devenues les instruments politiques des grandes puissances. Certes, les circonstances sociales ne sont plus les mêmes aujourd’hui (…). Il est évident que l’égalité devant la loi est une condition sine qua non de toute société saine et civilisée. Mais celle-ci doit admettre en son sein la diversité de la pensée non-conformiste et jeter aux orties les contraintes du politiquement correct. D’autre part, cette classe de mécènes éclairés, qui était d’ailleurs politiquement puissante, a disparu de nos jours, balayée par le temps, les contraintes politiques et la société moderne dans son ensemble. La cohorte des nouveaux riches, sauf exception, ne la remplace pas et n’envisage l’art que sous son aspect commercial ; la pensée profonde semble absente de ses préoccupations. D’ailleurs, les valeurs dont étaient dépositaires les élites sociales du passé ne sont plus généralement en cours aujourd’hui, et la rigueur même de la pensée s’en trouve affectée. Cependant, la mondialisation aurait pu contribuer au dialogue universel de la culture. Hélas, il semble que les échanges se soient stabilisés au niveau du football.
 
 
 
2017-08 / NUMÉRO 134