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Bande dessinée
La conversion de Dugain


Par Toufic Safié
2007 - 04



Auteur du roman éponyme sorti en 2005, Marc Dugain se transforme en scénariste de BD et retrace, sous le crayon de Chardez, le parcours de J. Edgar Hoover, la terreur de son demi-siècle de règne à la tête du FBI. C’est l’époque où TOUT le monde aux USA était mis  « sur écoute », à la demande (et pour le plaisir) du machiavélique Hoover... Dans un style (un peu trop) littéraire, Dugain convertit en BD les caprices et obsessions de celui qui déclara qu’  « aux USA, le crime organisé n’existe pas ! » Mais pour un titre aussi fatalement imposant, le contenu en est bien moins révélateur. Car si le roman couvre 50 ans d’omnipotence du directeur à la tête du FBI, la BD, elle, s’arrête brusquement à l’annonce de la victoire de Kennedy aux élections, quelques bulles après avoir été  « choisi » comme président par… Hoover. Pour quelqu’un qui n’en sait pas davantage, c’est déjà, carrément,  « la bénédiction d’Edgar » ! Quant à Clyde Tolson, le prodige, le protégé, l’amant – en un mot : le bijou – de J. Hoover (comment ? vous ne le saviez pas ?), il n’est plus ce narrateur qui raconte sa vie commune avec son amoureux légendaire. Dans la BD, le rôle narratif du chouchou est compensé par sa présence presque permanente, voire parfois lourde. Aussi, pour les lecteurs qui seraient en train de découvrir cette face cachée de l’Amérique des années 30-50, la BD ne suffirait-elle sans doute pas. Elle risquerait même de chambarder les acquis. Moins qu’une véritable adaptation du roman, elle en serait plutôt une annexe. L’enchaînement des événements est assez flou, les cadres spatio-temporels s’entrecroisent et se confondent, et les révélations sur les Kennedy, père et fils inclus, ne manqueraient pas de vexer les moins avisés comme les plus idolâtres. Ainsi, de trois choses l’une (ou les trois à la fois, rien n’empêche) : il faudrait soit lire le roman initial, soit (re)voir JFK d’Oliver Stone (ne pas l’avoir déjà vu étant simplement impensable !), soit (re)lire le colossal  American Tabloïd  de James Ellroy. Finalement, les dessins semblent manquer d’expressionnisme. Le souci de représenter les personnages par leurs portraits exacts efface tout intérêt émotif. Bien que Dugain n’ait toujours rien révélé d’un prochain numéro, tout le laisse supposer : déjà un sous-titre  « destin présidentiel », la brièveté de la période retracée par cet épisode, puis la clôture par la question aussi existentielle qu’introductive posée par le nouveau  « prez » Kennedy :  « Dites-moi, ils [les hommes des services secrets responsables de sa sécurité] ne vont pas me coller le train comme ça pendant quatre ans ? »

Vivement le prochain numéro, malgré les quelques maladresses du premier (se convertir n’est jamais simple !). Qui sait ? Peut être que La malédiction d’Edgar évoluera vers un nouveau statut artistique, au carrefour de l’Histoire, de la littérature et de la BD, comme l’avait déjà fait un certain Blueberry...
 
 
 


 
 
 
BIBLIOGRAPHIE
La malédiction d’Edgar - Destin présidentiel de Marc Dugain, Casterman, 2007, 46 p.
 
2020-04 / NUMÉRO 166