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Beaux-Arts
D’une montagne autrement inspirée


Par Jacques ASWAD
2007 - 07

Basée, dans sa grande majorité, sur le fonds conservé par la famille Corm des œuvres du peintre, l’iconographie de ce grand nouveau livre sur Georges D. Corm représente, peut-on le dire sans ironie, la revanche posthume du peintre du dimanche, en lui, sur l’artiste professionnel. En fait, le « paisible pionnier », pour reprendre à son compte l’apologie de ses « ancêtres » les Phéniciens par son frère, Charles, l’auteur de La montagne inspirée, poursuivait une carrière de portraitiste mondain. É. Schaub-Koch résume au mieux cette carrière, en intitulant son étude de 1953, reprise partiellement dans ce livre : « L’œuvre de Georges Corm, peintre idéaliste et maître du portrait. » S’il ne nous dit pas franchement que l’idéalisme dans ce contexte c’est le devoir de flatter le modèle, d’autres le signalent, soit pour déplorer les servitudes du genre et le mérite de les surmonter, comme le fait G. Dornand (p. 46), soit pour en condamner les résultats, comme le fait É. Adnan : « Dans l’œuvre de Georges Corm, il y a un nombre majeur de portraits. Il est certain que la plupart sont des commandes […] il produit des œuvres essentiellement mondaines, belles, bien faites, mais sans grand intérêt. » (p. 38).

Un portrait de femme (Me Masmejean, fig. 125) donne une idée de ce qui faisait le succès du portraitiste auprès du beau monde. Sans en avoir connu le modèle, il nous semble flatteur par la finesse des traits qui cherchent sans doute la ressemblance, mais avec un certain « regard vers l’idée », vecteur d’une beauté rajoutée. Autre signe particulier, et non des moindres, puisqu’il est le plus récurrent : ces yeux naïvement ramenés vers l’enfance par l’agrandissement des iris dont le peintre s’est évertué à faire scintiller le miel. Mais avant tout, c’est du pastel. Si l’un de ses présentateurs (G. Dornand) inscrit Corm « dans le sillage de Quentin [de] La Tour », c’est surtout à cause de cette prédilection pour le médium velouté. La facture fondue et précise en même temps donne une idée de la discrétion dont parlent tous ses commentateurs et annonce la présence « massive et irréelle » (É. Adnan) de la montagne dans ses paysages. Car dans ses huiles et même dans ses aquarelles (fig. 127 et p. 40), la vivacité du médium semble avoir été domptée par la retenue du pastelliste.

Dans une lettre datée de ses débuts à Paris (1921), il compare son travail à celui d’une élève des Beaux-Arts, faisant en même temps que lui le portrait d’une dame. « Au bout d’une heure – écrit-il –, elle attaquait les couleurs tandis que je peinais sur mon dessin… À la fin de la seconde séance, elle était toujours à mettre et à effacer des couleurs faisant une salade affreuse […], tandis que je finissais de peindre ma figure avec les couleurs exactes mises à leur place du premier coup » (p. 22). C’est grâce à cette force tranquille qu’il a su dramatiser la calme vastitude du paysage égyptien en y campant un léger frisson de végétations ou de bâtiments. Aussi, pour élever « jusqu’au contemplatif » (Charles Corm), l’abruption du paysage montagnard, peut-il se contenter d’un juste cadrage et de l’affleurement chatoyant des couleurs écrasées par le soleil.

 
 
 
BIBLIOGRAPHIE
Georges Daoud Corm (1896-1971), Un peintre du Liban, textes bilingues (français-arabes) de ’Étel Adnan, Sylvia Ajemian, Georges Daoud Corm, éditions Librairie Antoine, Beyrouth, 2007.
 
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