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2019-04 / NUMÉRO 154   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le lanceur d’alerte, un mouchard ?


Par Youssef Mouawad
2019 - 02
À l’école ou au collège, qui n’a été victime d’un rapporteur ? Pour mieux nous régenter, nos inspecteurs de l’éducation ont encouragé la veulerie jusqu’à l’institutionnaliser ! Si moucharder est une pratique répulsive, pourquoi ne pas étendre la condamnation au domaine des médias ?

Ainsi Jamal Khasho-ggi ne serait autre chose qu’un délateur ? Comme journaliste d’investigation, comme fouille-merde ou coprophage, ne jouait-il pas à l’indic ? En s’attachant à dénoncer les dérives d’un régime monarchique, ne faisait-il pas œuvre de sycophante ? Alors comment expliquer que les lanceurs d’alerte Julian Assange et Edward Snowden, deux fugitifs, ayant aux trousses des procureurs généraux, puissent bénéficier d’un tel capital de sympathie dans la frange éclairée de l’audimat ?

Ratissons large ! La France a connu sous l’occupation, les lettres anonymes et les « corbeaux », ces dénonciateurs de l’ombre ! Quant au Liban, à l’époque où les services de renseignement syriens l’avaient mis en coupe réglée, le QG de Anjar croulait sous les rapports que lui faisaient parvenir nos responsables, ministres et députés bien-nés, hommes de religion inclus. La délation était un sport très prisé dans nos cercles pour rester dans les bonnes grâces du big brother.

Alors quelle différence entre nos susdits représentants et les whistleblowers ? Pourquoi les rapporteurs sont-ils condamnables dans un cas et pas dans l’autre ? D’après quel critère fait-on la distinction entre accusateurs honorables et méprisables rapporteurs ? Le pape François, excusez du peu, a trouvé réponse à cette question, en houspillant sa propre curie, où médisance et calomnie vont de pair avec carriérisme.

Encore une manifestation de l’ambiguïté de la morale ? Non, car dénoncer dans un geste de révolte ou d’insoumission ne revient pas à dénoncer par complaisance !

Assange et Snowden n’ont pas cherché à être méritants. L’injustice était flagrante à leurs yeux et la gratuité de leur geste les honore. Par certains côtés, ils avaient des âmes de seigneur. Ce sont des objecteurs de conscience qui, au péril de leur vie et de leur confort, ont défendu le droit à l’information et lancé un débat sur la surveillance de masse qui violait notre sphère d’intimité. Redresseurs de torts, ils ont livré à la vindicte publique l’identité de ceux qui transgressaient le droit à l'échelle internationale. Rappelons que l'article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme protège censément de toute atteinte à la vie privée. Moucharder en l’espèce, c’était emprunter la voie de l’honneur et celle, plus royale encore, du risque !

Alors que nos hommes politiques, dénonciateurs professionnels de leurs confrères, rapportant jusqu’aux orientations sexuelles de leurs concurrents à abattre, n’ont jamais eu de l’étoffe. Carriérisme et complaisance ayant pris le pas sur toute autre préoccupation ! (N’Diaye)

Et pour comble, après tant d’obséquiosité, ils s’exhibent sans vergogne et plastronnent avantageusement alors que nos deux lanceurs d’alerte vivent cloîtrés, de crainte d’être embastillés !

« Ô vraiment marâtre Nature ! »
 
 
©Johanne Issa
« La délation était un sport très prisé dans nos cercles pour rester dans les bonnes grâces du big brother. »
 
2019-04 / NUMÉRO 154