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2018-02 / NUMÉRO 140   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Édito par Alexandre Najjar
« Les chauves-souris de la nuit »
L
e récent feuilleton de procès contre des journalistes et d’interdictions de films est un nouveau coup porté à la liberté d’expression au Liban. Nous pensions que l’ère des arrestations arbitraires et des tentatives d’intimidation des médias était révolue, or, il n’en est rien. À l’heure où certaines poursuites sont engagées par de mystérieux délateurs et où le Parquet se mobilise sur la base de plaintes présentées par des fantômes, on est en droit de se demander qui sont ces « chauves-souris de la nuit » (« watawit al-leyl ») qui s’en prennent ainsi à la liberté. La justice est-elle redevenue « cette forme endimanchée de la vengeance », selon l’expression de Stephen Heckett ? Quoi qu’il en soit, la question de la censure au Liban ne sera pas réglée tant qu’une seule instance, formée d’artistes et d’intellectuels indépendants, n’aura pas le dernier mot en la matière. L’ancien ministre Tarek Mitri avait élaboré un excellent projet de loi visant à abolir la censure et à créer « une Commission nationale de sages, une instance d’arbitrage pour faire évoluer les pratiques » (cf. La Croix du 10 novembre 2007). Où sommeille ce projet ? N’est-il pas temps de le sortir des oubliettes ? Le ministre de la Justice devrait, au plus vite, faire adopter cette loi qui mettrait un terme aux débats stériles et à la surenchère… Reste la question du boycott d’Israël. La loi en question, trop élastique, nécessite un toilettage qui préciserait mieux son champ d’application pour la rendre plus efficace. Trop de produits, de CD, de DVD, mis à l’Index alors que leur interdiction n’a aucun effet sur Israël qui s’en fout et s’en gausse. Boycotter Woody Allen ou Enrico Macias aide-t-il vraiment à la libération de la Palestine ? En outre, la politique de la chaise vide exercée par le Liban au sein de plusieurs institutions où siège Israël conduit à la perte de subventions précieuses dont bénéficie finalement l’État hébreu : loin de pénaliser celui-ci, on le fait profiter de notre absence ! L’affaire Ziad Doueiri, dont le dernier long-métrage (qui s'est avéré très actuel au regard du duel Bassil vs Berri) est arrivé aux portes des Oscars, et la pièce Tous des oiseaux du talentueux Wajdi Mouawad nous enseignent également qu’il n’est ni logique ni opportun de vouer aux gémonies des artistes dont l’œuvre, loin de faire l’apologie des Israéliens, les met face à leurs responsabilités. Le critère n’est donc pas le « flacon » employé, mais la finalité, le message de l’œuvre artistique. Il est temps que les mouchards zélés, les idéologues planqués, les censeurs effarouchés et les sermonneurs obscurantistes se débarrassent de leurs œillères pour aborder ces questions avec un minimum de clairvoyance – si tant est qu’il leur en reste.


2018-02 / NUMÉRO 140